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Jonas Schneiter : « Pour moi, mettre les pieds dans le plat, c’est une sorte d’art de vivre. »

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Il ne peut pas faire autrement. Interpeller, provoquer, voire même déranger est dans son ADN. Désormais sa voix, mais surtout son style se sont imposés à la radio notamment au travers de son émission « Namaste ». A moins de 30 ans, Jonas Schneiter est aussi un homme engagé : il est en effet Ambassadeur de l’association Terre de Hommes. Pour Sel des Alpes, il témoigne de son rapport à la nourriture qu’il reconnaît, non sans sarcasme, tendre vers la malbouffe. Une tendance selon lui, symptomatique de sa génération, faute de temps, mais aussi pour certains, faute d’argent.

Vous êtes peut-on dire plutôt du matin. Quel est votre repas préféré de la journée ?

Mon repas préféré est clairement le repas du soir parce que je prends tous les autres dans la précipitation. Le soir, j’essaie d’éviter le travail ou tout rendez-vous professionnel où l’on mange pendant ce temps-là. J’essaie vraiment de faire attention à ce que ce moment soit pris avec des personnes qui partagent ma vie ou à défaut seul. Je suis très attentif à ce que le souper reste un moment privilégié.

Pour vous, passer à table, c’est une nécessité ou un plaisir ?

Pour moi, passer à table est une nécessité, un acte utilitaire. Même le soir, c’est un acte utilitaire mais un acte utilitaire de relaxation. Je vois la nourriture davantage comme un moyen que comme un but en soi. A part peut-être, encore une fois, le souper qui doit rester un moment privilégié.

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Dans votre cuisine, en mode caméra cachée, quelle est votre arme secrète ?

Mon arme secrète pour cuisiner ? Elle ne fait pas vraiment rêver : ce sont des plats déjà préparés ! Sinon, j’aime bien les plats qui demandent du temps à cuire mais qui demandent peu de présence. Je m’explique : j’aime bien mettre un plat au four et me dire que j’ai 45 minutes pour faire quelque chose. La cuisine m’impose des timing, et je sais que pendant ce temps-là, je serai très productif. Je ne suis assurément pas un homme de fourneau. Il ne faut par exemple pas compter sur moi pour surveiller les pâtes.

Vous êtes plutôt du genre à vous nourrir de viande de caribou ou à vous nourrir d’eau fraîche ?

La viande de caribou, ce n’est franchement pas bon. L’eau fraiche…oui même si je mange quand même beaucoup de viande. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne  suis certainement pas vegan. En fait, je mange tout ce qui n’est pas recommandé par les médecins comme la viande rouge à raison de deux fois par jour. A part le caribou et le sanglier - même celui préparé à la broche à Lucens où j’ai habité – je mange toute sorte de viande. En bref, je mange plus d’aliments gras que d’aliments sains, c’est sûr.

Quelle est la spécialité vaudoise que vous n’emmèneriez certainement pas sur une île déserte ?

Le taillé aux greubons ! Hormis parce que ce n’est que du gluten et du cochon, c‘est surtout parce que ça n’a pas de goût et que ça donne soif. Pour moi, en manger, c’est un peu une punition. Une fois avalé, on n’a pas l’impression d’avoir mangé et on a quand même mal au ventre. Après, ça peut-être utile pour consolider une fuite !

Si je vous dis « Roulé aux épinards », vous me dîtes…

Ah oui ! Ça, c’est ma spécialité ! En fait, on m’avait demandé de réaliser une recette pour un magazine. Alors j’ai fait ce roulé aux épinards comme ma maman…sauf que je ne savais pas le faire ! En fait, pour tout dire, ma mère était venue le jour d’avant me montrer comment faire. Le lendemain de la publication de l’article en question, je reçois un appel d’une personne qui me dit être en train de réaliser la recette et ne pas avoir de pignons ; elle me demande si elle peut mettre des amandes. J’ai évidemment répondu que oui ! Encore récemment, j’ai reçu de la part d’un auditeur sur ma page Facebook la photo de son roulé aux épinards. En fait cette recette me colle à la peau. Et franchement, je n’en peux plus même si depuis, je sais le préparer pour de bon.

Vous préférez la cuisine locale ou la cuisine étrangère ?

A part le taillé aux greubons, je préfère la cuisine régionale à la cuisine étrangère. C’est comme ça que j’ai été élevé. Pour moi, les recettes locales, ce sont des souvenirs d’enfance. Et par locales, j’entends non pas des recettes vaudoises, mais des recettes romandes... Ma famille vient de Neuchâtel.

Sinon, je suis assez fan de sushis, de cuisine thaï mais aussi bien sûr de cuisine indienne.

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Ça veut dire quoi pour vous « mettre les pieds dans le plat »?

Mettre les pieds dans le plat, c’est une excellente qualité. Il faut le faire au quotidien et on le fait de moins en moins car aujourd’hui, on a tendance à s’essuyer les pieds avant de présenter le plat. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on est de moins en moins frontaux. Finalement, mettre les pieds dans le plat, c’est une sorte d’art de vivre car s’il y a quelque chose à ne pas dire de façon générale, j’aime bien qu’il soit dit.

J’ai lu que vous alliez sur les marchés. C’est vrai ?

Bien sûr que je suis déjà allé sur des marchés. Il m’arrive même encore parfois d’y aller ! Plutôt le mercredi à partir de 10 heures que le samedi matin. J’ai beaucoup de plaisir à discuter avec les artisans de la région. Avec Terre des Hommes, on vend même des oranges sur les marchés une fois par an. C’est un peu l’opération annuelle de l’association.

Quel est selon vous l’ingrédient culinaire révolutionnaire en 2016 ?

[Silence…Long silence] Sincèrement, je ne sais pas. Finalement, peut-être que l’absence d’ingrédient révolutionnaire est significatif alors que l’on sait citer des dizaines de nouvelles technologies. Enfin, je veux dire d’ingrédients révolutionnaires qui donnent envie. Parce que sinon je peux parler du glyphosate ! J’avais parlé avec un type qui est agriculteur féérique et qui après avoir utilisé pendant des années des engrais, a décidé de tout arrêter pour se dédier à une agriculture saine. Finalement ce qui est révolutionnaire, c’est peut-être ce retour en arrière.

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A quel aliment le plus fou avez-vous déjà goûté ?

En Suisse, l’ingrédient le plus fou que j’ai mangé sont des insectes un peu grillés à l’occasion d’une dégustation de vers à farine. Et sincèrement, là aussi, ce n’est pas bon et ça donne soif…mais au moins cette fois c’est sain et sans gluten ! Je pourrais en manger tous les jours, sauf que je n’ai eu aucun plaisir.

A l’étranger, l’ingrédient le plus fou c’était du hamster grillé dans une échoppe de rue dans la périphérie de Bombay. Ça avait un goût de cervelas trop grillé, mais la viande était très tendre. En fait, j’ai une partie de ma famille au Pérou et là-bas ils mangent beaucoup de hamster. Alors j’étais bien curieux. Et au final je n’ai pas aimé.

Avec qui rêveriez-vous de partager un repas ?

Avec l'un de ceux qui nous tire des théories en long et en large sur la manière de bien manger et les ingrédients qu'il ne faudrait plus utiliser. C'est pas par plaisir d'entendre parler de gluten ou de lait durant des plombes, mais j'aimerais bien les surprendre en train de manger un plat préparé radioactif en cachette. 

Retrouvez Jonas tous les soirs sur RTS UN à 18h30 dans C'est ma question à partir du lundi 5 septembre.

Sophie, le 4 septembre 2016

 

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4 septembre 2016
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