Sel des Alpes - Le blog

Lauriane Sallin : « C’est quand il y a des histoires derrière la nourriture, qu’on voit qu’il y a du cœur dedans. »

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On la savait fraîche et jolie. Moi, je l’ai découverte authentique et cuisinière. Par cette belle matinée de printemps, j’attends Miss Suisse au salon de thé Romain C., un endroit arty de Lausanne, sur l’avenue de Béthusy. Quand Lauriane Sallin arrive, douce et plein sourire, dans son jean et son pull maille qui souligne sa taille, je comprends tout de suite qu’elle aura une belle histoire à nous raconter. Alors nous nous sommes assises autour d’un thé. Et nous avons papoté.

Que signifie pour vous un bon repas ?

Pour moi, un bon repas, c’est un repas de famille. Je viens d’une famille traditionnelle fribourgeoise, où l’on fait beaucoup de choses nous-mêmes, car on a tous un jardin, voire même des animaux comme des poules, des lapins, des moutons.

Un bon repas, ce serait un repas de ce genre, préparé avec des tomates du jardin, de la viande produite par la famille, des recettes chargées d’anecdotes : si la récolte a été bonne cette année, si c’était une année à foin ou pas…C’est dans cette façon de produire la nourriture qu’on voit qu’il y a du cœur dedans.

Quand vous cuisinez, vous suivez la recette à la lettre ou vous laissez s’exprimer votre créativité ?

Je suis dans une logique très créative. Je suis rarement une recette jusqu’au bout. Je la lis juste pour la logique des choses, et après je la poursuis en fonction de mon humeur comme j’en ai envie. Un plat sera plus ou mois épicé, une sauce plus moins liquide. La cuisine a quelque chose de méditatif qui se rapporte aux sens. Je l’ai appris de ma grand-mère qui cuisinait à l’œil et au toucher.

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Pour vous, l’alimentation c’est du plaisir ou de la santé ?

Pour moi, c’est un mix des deux. Je mange bien sûr pour le plaisir, mais il ne faut pas ensuite que l’excès de plaisir soit nuisible à ma santé. Concrètement, j’ai une intolérance au gluten. Lors d’un voyage en Afrique, je me suis rendue compte que je me sentais mieux si je ne mangeais pas de gluten car en Afrique, il n’y a pas de gluten dans l’alimentation. Je me suis alors rendue compte qu’en changeant mes habitudes alimentaires, je me sentais mieux.

Quel plat vous caractérise le plus ?

C’est une recette très simple ! Il s’agit du poulet à la romaine, une recette que j’ai apprise lorsque j’étais au secondaire. La veille, on farcit le poulet avec des oranges, des citrons et de l’ail et on frotte la peau avec du sel et du miel. Moi, je le laisse cuire longtemps et finalement, il est presque laqué. C’est une recette de l’Antiquité à ce qu’il paraît. Et comme j’aime la cuisine italienne, je l’accompagne toujours de polenta.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans un plat ? Sa présentation, son goût ou sa texture ?

Ce qui me touche le plus, c’est la petite touche qui montre que ce n’est pas parfait, quand il a par exemple les bords un peu grillés. C’est à ces petits détails qu’on voit que c’est du fait maison !

Quelle est la spécialité fribourgeoise que vous emmèneriez sur une île déserte ?

Le ragout de mouton au safran et aux raisins secs que l’on fait à la fête de la Bénichon. Tous les ans, on a l’habitude de manger un mouton de mon grand-papa que ma grand-maman cuisinait dans une cocotte en fonte couleur brun café.

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La petite madeleine de Proust de Lauriane, c’est quoi ?

Là encore, un souvenir de ma grand-mère : l’odeur de l’ail que l’on fait revenir dans l’huile d’olive bien chaude. Après, elle y faisait cuire le riz. Et le riz avait toujours plus de goût chez elle qu’ailleurs.

Quelle œuvre artistique incarne selon vous la gastronomie ?

Les natures mortes de fruits de Frida Kahlo. Je n’ai jamais plus vu d’aussi belles compositions de corbeilles de fruits, la touche Frida Kahlo en plus !

Quelle est votre dernière découverte culinaire ?

J’adore l’aneth ! J’ai découvert cette herbe cet été lors d’un voyage archéologique en Grèce. Là-bas, ils en mettent partout. Quand je suis rentrée, j’ai acheté de l’aneth séchée et j’en ai même fait pousser dans le jardin de famille. Et maintenant, moi aussi j’en mets partout : dans les salades, sur le poisson, etc.

A quel aliment le plus fou avez-vous déjà goûté ?

Des rognons de mouton ! Oui je sais encore du mouton. Mon père les avaient faits mariner dans de l’ail et franchement ce n’était pas bon. C’était très fort. Mais dans ma famille, il faut tout goûter. J’ai été élevée comme ça. Ne serait-ce que pour savoir que c’est mauvais.

Avec qui rêveriez-vous de partager un repas ?

Avec Platon ! Pendant mes années de collège, j’ai pas mal étudié la philosophie. Et je me suis rendue compte à quel point sa pensée avait encore des influences aujourd’hui. Alors bien sûr, il y a l’idée du banquet dans ma réponse, mais aussi l’idée de partager avec lui un repas et de pouvoir lui poser des questions.

Sophie, le 8 mai 2016

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8 mai 2016
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